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MEHAREE : Tchad - Le désert secret
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| Jour 1 à 4 : La joie des transferts Les voyages commencent aujourd’hui toujours par des transferts, plus ou moins longs et surtout plus ou moins agréables. De chez soi au train, du train au métro, du métro à l’avion, de l’avion à l’hôtel, de l’hôtel au début du trek, et j’en passe. L’ENNEDI ne déroge pas à la règle, il sait se faire désiré. Il faut avaler les 1200 km de piste et de sable qui nous séparent de ces premiers tassilis pour prétendre pouvoir y poser les pieds. Après une nuit un peu trop courte à N’Djaména, les moustiques ne semblant que très peu impressionnés par mes répulsifs, nous montons dans les 4x4 pour une interminable traversé. Trois jours de route qui nous permettes d’entrée doucement dans notre sujet. Seul moment de joie motorisée, la « chasse » à la gazelle, l’antilope prenant un malin plaisir à faire la course avec nos véhicules (toujours à son avantage), avant de traverser devant nos roues et de disparaître derrière une dune. Heureusement, les premiers bivouacs, sous un ciel d’hiver, profond et magnifique, apporte un peu de réconfort à des muscles endoloris par les secousses des machines pourtant très confortables. |
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Fin de journée, les cadavres éventrés des véhicules militaires, pilonnés par l’aviation française durant la guerre Tchado-Lybienne, balise notre route jusqu’à l’entrée du village de Kalaït. C’est dans une ambiance électrique et un décor « madéfaction » que nous nous ravitaillons une dernière fois en essence. Nous sommes tous un peu tendu autour des véhicules, l’effervescence est à son comble. Rires, bagarres et bousculade des gamins, trop contents de trouver des étrangers à taquiner se multiplient jusqu’à notre départ. Nous ne sommes plus qu’à quelques heures de notre objectif, le cirque d’Archeï que nous atteindrons demain. |
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Jour 5 : Ou sont les dromadaires ? Arrivée sur les bordures de l’Ennedi, les tassilis se découpent et tranches le sable de toute part. Le cirque ressemble à une large coquille d’huître. Un petit coin de paradis, la terre promise. Le maître des lieux : un gigantesque acacia Albideya trône sur un lit de sable blanc, protégé par les murailles de grès rouge et ocre l’encerclant. La perle de cette huître est une large guelta prisonnière depuis des millénaires des roches, où les troupeaux de dromadaires viennent s’abreuver. Pour la surplomber, il nous faut contourner un petit massif. Une heure de marche plus tard, le soleil et les cris de babouins n’ont pas entamé notre enthousiasme. La guelta est là, en contre basse, une trentaine de mettre sous nos pieds. Cela fait plusieurs mois que je visualise cet instant. |
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Seul déception : où sont passés les dromadaires qui habituellement remplissent la gorge ? Mais cette absence à du bon. Le site à retrouver son calme, ce qui à pousser un crocodile à sortir de l’eau pour une petite sieste sur un langue de sable. Il fait partie des six spécimens de crocodile niloticus – rescapé d’un temps où l’eau coulait ici à flot – qui subsiste dans cette marre noirâtre. L’opulence est pourtant bien loin, les reptiles n’ont guerre plus que les crottes des dromadaires et quelques petits singes à ce mettre sous la dent. |
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La première marche de l’escalier menant au plateau s’appui sur une zone d’effondrement aux allures de labyrinthes. S’étendant sur des milliers de mètres carrés, ces couloirs sculptés dans le grès, ne dépassant pas les quelques mètres de large, prennent des airs de jardins à la française. Nous évoluons grouper, les un derrière les autres, suivant de près les pas d’ABA’N’Gay dans cet entrelacs de roches. On distingue à peine le ciel, tant la perspective semble refermer l’arche que forme la roche au dessus de nous. Une fois sortie de ce labyrinthe, nous prenons réellement conscience de l’ampleur de la zone. Un vrai dédale… La nuit a été très difficile, le vent n’a pas cessé de souffler. Au petit matin, chacun écope le sable du fond des duvets. Notre marche nous mène à l’entrée de l’Oued Aroué. Nous arrivons à la fin de la zone déjà reconnue, l’exploration peut commencer. Avec Denis et Jean François, nous formons ce qui est maintenant convenu d’appeler « Le Groupetto ». Toujours loin derrière, nous passons notre temps à escalader les rochers à la recherche des sites susceptibles d’abriter les peintures. Andréa ayant repéré une profonde caverne avec une large terrasse, nous décidons de tous rendre une petite visite à cette grotte qui présente tous les signes d’un site néolithique. Et quelle découverte ! Une dizaine d’abris plus ou moins grands sur trois hauteurs. Plusieurs styles se côtoient avec un très beau panneau de têtes rondes. C’est un sentiment étrange que de photographier pour la première fois ces dessins extraordinaires. Nous établissons une sorte de protocole pour chaque site, relevé de coordonnée GPS, orientation, photographie et styles de peintures. Nous avons également décidé de donner des noms temporaires à ces lieux. Dans l’attente de nominations plus officielles, ce seront des chanteurs ringards (dont nous tairons ici les noms) qui nous permettrons de nous situer. Nous nous asseyons sur le sol de la terrasse et regardons le soleil descendre sur l’horizon. Nos esprits vagabondent vers ces hommes qui, il y a 10 000 ans, devraient faire la même chose que nous. |
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Jour 8 : Servi sur le plateau Le paysage change du tout au tout. Nous laissons derrière nous le sable et les zones d’érosion pour attaquer la roche et les plateaux de ce vieux massif. Cathy trébuche sur ce sol tourmenté. Nous échangeons tous des regards inquiets, nous sommes déjà à trois jours de Fada et de son dispensaire. Plus de peur que de mal, mais Cathy, bonne pour une grosse entorse, devra se contenter du dos d’un dromadaire pour les jours a venir. Une fois sur le plateau, le paysage s’étend à l’infini. A l’horizon, on distingue les bordures de l’Ennedi avec ses Oueds encaissés et ses parois verticales qui strient le massif. Mais pour l’heure tout est plat, à l’exception du piton de Togoli tout proche. |
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Jour 9 : Apaisé à Aoué Nous installons notre bivouac à coté de la source d’Aoué pour deux jours. C’est le moment d’un premier check-up, chacun s’installe comme s’il allait rester ici pendant un mois : on panse les petites blessures, on soigne les ampoules, on fait sécher quelques vêtements, on nettoie le matériel photo. C’est également le moment d’échanger nos premiers mots avec l’équipe chamelière, mais le contact est difficile. Il existe comme une barrière infranchissable entre eux et nous. Heureusement l’un des plus jeunes chameliers, Salah, prend sa guitare de fortune et nous joue quelques airs Tchadiens. La magie de la musique opère. Je me risque à quelques accords, un fiasco absolu qui déclenche le rire général. Nous nous rendons à la source en début d’après midi. C’est un endroit magique, peut être le paradis. L’eau est très froide, mais tout le monde profite au précieux liquide en abondance pour faire un brin de toilette. Sur le chemin de retour, nous nous arrêtons sur les ruines d’un village néolithique, qui a la particularité de n’avoir que des constructions à base de cercles. Le « Groupetto » s’installe pour son activité préférée : la contemplation du coucher du soleil. Encore une nuit à bouffer du sable mais ce matin, tout le monde saute du duvet sans difficulté : aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres, nous partons pour Maya. Cette source au nom enchanteur, décrite au milieu des années 50 dans les travaux du botaniste Hubert Gillet, nous obsède depuis déjà une bonne semaine. Les préparatifs vont bon train, pour la première fois, chacun vérifie son équipement. Les sandales disparaissent pour laisser place à des chaussures tout terrain, les coupe-vent sont de sortie et quelques bonnets font leur apparition. Dernière revue d’effectif : bouteille d’eau, nourriture, frontale… tout y est pour parer aux diverses éventualités d’une journée qui sent déjà l’exception. Penchés sur une carte vierge de toute indication, les pronostiques vont bon train quant à la physionomie de Maya. La source n’est pas très loin, nos GPS la situent à une dizaine de kilomètre à vol d’oiseau. Après 2h30 de marche sous un vent violent, nous arrivons à l’entrée de l’oued. Il nous faudra encore 2 nouvelles heures pour le remonter sur 4km. Le sol est extrêmement difficile, le lit de l’oued est composé d’un mélange de sable blanc très meuble et de roches polies. Le moyen le plus simple pour avancer, mais loin d’être le moins fatiguant, consiste à sauter de rocher en rocher. Au fur et à mesure de notre approche, la végétation augment, les palmiers Doum se multiplient laissant présager de la présence de l’eau toute proche. C’est maintenant une véritable barrière végétale qui se dresse devant nous. Pour progresser, nous devons nous baisser, marcher dans quelques mares d’eau croupie qui subsistent et zigzaguer entre les énormes troncs d’arbres abandonnés là par la dernière crue. Brusquement, Aba N’Gay s’arrête, il se tourne vers Andréa : Nous sommes arrivés à Maya. LE groupe s’installe sous les immenses branchages d’un arbre pour se reposer, il vent est tombé, il fait chaud. Je ne résiste pas à l’envie d’escalader les parois voisines pour prendre quelques photos « aérienne » de ce tapis de végétation. Denis et Jean-François me suivent alors qu’Andréa décide d’explorer les lieux à la recherche de nouvelles espèces végétales. Suivant comme des « petits poucet » un chemin de crottes de chèvres sur des dalles peu stables, nous trouvons un chemin permettant d’accéder au sommet des falaises. Vu d’en haut, le site est encore plus surprenant. L’oued forme un grand Z de verdure très dense, qui contraste avec le rouge de la pierre. Il semble qu’il continu en amont de l’endroit où nous nous sommes arrêtés. Afin d’en avoir le cœur net, nous longeons la falaise vers le fond de la gorge. Après quelques petits passages d’escalade, nous arrivons sur un immense balcon plat surplombant la végétation. Un cri explose en bas. Nous nous approchons du vide. Trente mètres au dessous de nous, Andréa est agenouillé… Les mains dans l’eau. Nous crions à notre tour. Nous avons trouvé Maya. Parfaitement circulaire, large d’environ 25m et apparemment très profonde, la source de ce tapis est au fond de la gorge. Inaccessible par le haut sans risquer un beau mais dangereux plongeon d’une trentaine de mètres, la source est comme protégée par son environnement naturel. Je redescends pour aller toucher cette eau magique. En chemin, je croise Andréa qui, lui, monte pour aller admirer le site d’en haut, nos regards illuminés se croisent, nous n’avons rien besoin de nous dire pour comprendre ce qui se passe dans la tête de l’autre. D’en bas, la vision est totalement différente. Le soleil trop haut dans le ciel pour éclairer toute la source frappe une partie noire argentée de la paroi. Je plonge mes mains dans l’eau glaciale. Il n’existe probablement pas de source plus belle que celle-ci dans tout le Sahara. Mais nous ne pouvons retenir le temps, il faut repartir, le chemin de retour est encore long. Nous décidons de rejoindre le campement par le haut pour éviter la pénible marche au fond de l’oued. Avant de rejoindre nos matelas, nous nous arrêtons une dernière fois sur les ruines du village néolithique. Fatigués, mais sous le charme de la belle Maya, nous nous réfugions dans nos rêves pour revivre cette journée. |
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Jour 11 : Le silence est d’or La température est tombée à 4°C cette nuit. Nous repartons vers le nord en direction du second objectif de notre voyage : le gouffre de Koboué. Maya est dans tous les esprits et sur toutes les lèvres. Un sentiment de soulagement est très largement perceptible, tous ces kilomètres n’aurons pas été parcourus pour rien. Je passe la matinée à discuter de la journée d’hier avec Andréa. Tout le monde est très fatigué, très vite le silence reprend ses droits. Seul le vent soufflant à près de 80km/h trouble notre progression. Les têtes se penchent pour percer ce mur. Après plus de 25km, le bivouac est très bien venu. Ce soir, c’est Salah qui fait la cuisine, nous mangeons « la boule ». C’est le plat traditionnel Toubou, une sorte de pâte gluante de mil, cuite et battue dans une casserole avec de l’eau. Rien de tel pour se requinquer. |
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Jour 12 : Tempête sur les plateaux Le vent a encore forci, la marche devient très difficile et les ampoules ont fait leur apparition sur pas mal de pieds. Nous mettons toute la matinée pour faire les 8km qui nous sépare de la branche orientale du gouffre de Koboué, Kanikatay, où l’on doit refaire nos réserves en eau. Le sol ressemble à de la roche volcanique très abrasive. Sylvain et Andréa partent en reconnaissance pour choisir la meilleure route vers le gouffre, pendant que le reste du groupe descend au fond de la guelta de Kanikatay. |
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Jour 13 : Le mystérieux Koboué Réveil au beau milieu de la nuit dans un état de stress absolu, je suis trempé et en pleine crise d’angoisse. Je ne parviens pas à sortir mon duvet pour faire quelques mètres et me calmer. Après un bon quart d’heure de peurs étranges, je me rendors. Au réveil, quelques vagues souvenir. Peur d’isolement ? Indigestion ? Fatigue ? Effet secondaire du traitement antipaludéen ? Une chose est sure, j’arrête les comprimés. J’arrive en retard au petit déjeuner alors que l’ambiance est tendue entre les chameliers, Andréa et Sylvain. Sylvain tente de m’expliquer la situation. Koboué semble terroriser l’ensemble des chameliers. Il faut dire qu’aucun d’entre eux n’est jamais allé aussi loin. Légende, mysticisme et problème de communication se mélange pour expliquer cette peur de franchir les derniers kilomètres qui nous séparent du gouffre. Le ton monte franchement. Finalement, seul Aba N’Gay nous accompagne. Après la traversé d’une très belle zone tassilienne, nous arrivons en bordure de Koboué. Nous sommes écrasés par l’envergure du site. Ce canyon est vertigineux. |
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Les 350m de paroi à pic plongent sur un oued sinueux. Plus près de nous, une guelta ronde que l’on distingue à peine attend la prochaine saison des pluies. C’est alors un véritable torrent qui alimente le fond du gouffre, formant une immense cascade que l’on entend jusqu’à Fada, à 80km de là. Aba N’Gay lance un bloc de pierre, peut être par superstition, qui explose au fond du gouffre dans un énorme fracas. Nous pensons à Gillet qui a passé des semaines en bas à étudier la flore. Sylvain est très heureux, il décompresse un peu, il est devant Koboué, et il a réussi à nous y emmener. Le soir, l’ambiance au bivouac change radicalement. Les chameliers jusqu’alors très distants, se rapprochent de nous, ils chantent, on échange des photos, Jean-Louis fait des portraits Polaroïd de chacun d’eux, c’est l’euphorie, l’ambiance est à la détente. Ils ont passé Koboué. Nous commençons notre chemin de retour. La descente des plateaux est assez rapide. Nous croisons en route un Pick-up qui a eu la malchance de rencontrer une mine sur son chemin, tout le monde se resserre et marche en ligne. Les heures passent maintenant trop vite. Quelque chose est finie, nous sommes allés au bout. |
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